23 janvier 2013

Trom Atism

 

Je prends le métro, j'ai rendez-vous à la sécu.

Confirmer ma maladie mentale.

Mesurer si je mérite ou non que l'on continue à indemniser mes états d'âme.



Ligne 13, puis ligne 2, puis ligne 1, puis RER A puis 1km de marche.

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Je prends le metro avec l'arrogance d'une personne qui ne se rend pas au bureau comme tous les jours.

Je prends le metro à l'affut des signes qui me rappellent mon ancienne vie. Pas dur . Le PC portable dans sa sacoche noire commune à l ensemble des salariés, qui montre la necessité du travail à la maison ou l activité multi-sites d'un grand groupe.

Je replonge.

Je vois ce jeune homme, les cheveux encore mouillés de sa douche Zest, qui marche droit, vite, avec son 3/4 noir et sa sacoche à l'épaule. Il a l air ni triste ni gai. Il ne se pose pas encore la question. Il va au travail, tous les jours. Peut-être continuera t il toute sa vie comme ca. Peut-être qu il partira loin avec sa femme et ses enfants. peut être laissera t il tout tomber... . C'est au fond ce que je souhaiterais ...

Je suis dans le metro et j'ai l impression d'être une usurpatrice, en marge, de ne plus être IN mais OUT. Ce drôle de sentiment d'être à la fois en dehors de la société , loin de ce qu il se passe, de laisser passer le train et en même temps tellement rassurée de ne plus etre enfermée dans un rôle, des contraintes et un système.

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Le métro s'arrête entre 2 stations. Problème technique sur la ligne.
Avant je me serais mise à transpirer, paniquer. Avant , mon coeur se serait mis à battre fort : je vais être en retard au travail, ca craint.

Nanterre ville. Mon arrêt. Le ciel est blanc, il fait froid et le décor me renvoie à ma vie d'avant avant. Quand j habitais en banlieue Ouest. A 25 ans.

Toujours cette même impression de tristesse et de ville figée lorsque l'on quitte Paris pour la banlieue. On quitte les lumières pour la grisaille, l'activité pour l'immobilisme, le travail pour l'oisivité.

Des aménagements urbains sombres jonchent mon parcours jusqu'au Centre de sécu. Tout est triste. Le Centre lui même ressemble à un batiment désaffecté des films de Ken Loach.

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Batiment A/1er étage/ salle 01-29/ 10h20/ présenter impérativement convocation/carte d identité/ carte vitale/coordonnées du médecin du travail. "Depuis quand l arrêt ? pour quelles raisons ? et jusqu'a quand ?" Voila, les présentations sont faites, le problème cerné, je peux aller m'asseoir en salle d attente.

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Les gens qui ont rendez-vous à la Sécu sont généralement des personnes qui, physiquement ou mentalement, ne sont pas au plus niveau de leur forme. Un passage par le Centre les mettra définitivement à terre.

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Une femme d un certain âge vient me chercher. C'est le médecin qui m'a convoqué.
Lorsqu'on ne lui a pas encore parlé, ce physique marqué, cette corpulence menue, ce manque de coquetterie, laissent présager le meilleur ou le pire. La compassion de la religieuse ou le sadisme de Folcoche. Je la suis dans ce long couloir Lino/Tableaux d affichage/Néons.

"Asseyez vous".

J'ai encore l'impression que je vais passer une heure à justifier mon arret, une heure à décrire le calvaire que j'ai vecu façon "entretien de motivation". Etre concis mais percutant, humaine mais détachée, forte et larmoyante... .


Le medecin se met face à son ordi et commence l'interrogatoire. Et moi je réponds.

A ses hochements de tête, ses doux sourires, ses petits yeux qui se plissent, je comprends qu'elle est de mon coté. Je me sens bien en sa présence.

J'ai face à moi une autorité administrative qui compatit !!

Je suis honnête avec elle. Pas besoin de larmoyer pour sauvegarder mes indemnités. Le débat est ailleurs. La question est plutôt : à quel stade j'en suis ? est ce que mon état s'améliore ?

Je lui parle de mes paradoxes : la santé qui va mieux, le goût des choses qui m'est revenu, la volonté de ne plus jamais faire comme avant.

Mais aussi  la révolte.

Plus présente que jamais. Face au monde professionnel, ses problèmes structurels, le manque d'espoir de changement dans les méthodes, le  mode de management et le manque de valeurs solides au sein des entreprises.

Et cette révolte qui, au fil des mois, dépasse le cadre de l'entreprise. Elle investit les sphères de la politique (même au plus haut sommet on laisse les choses pourrir), de l'humanité ( n-y-a t-il plus de valeurs sures, vraies, respectables?), de la societe (pourquoi ne laisse-t-on pas les gens qui s'aiment se marier, peu importe leur sexe?)

Je ne rentre pas dans ces détails avec le médecin. Mais en conclusion, elle me dit quand même de prendre mon temps avant d'envisager de retravailler...


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